×

Patrimoine culturel guinéen : le CIRD ouvre un chantier inédit entre mémoire et intelligence artificielle

Patrimoine culturel guinéen : le CIRD ouvre un chantier inédit entre mémoire et intelligence artificielle

La Guinée ne veut plus avancer à l’aveugle. Ce 1er juillet 2026, le pays a franchi un pas historique avec le lancement officiel, à Conakry, du Programme de recensement, de documentation et de numérisation de son patrimoine culturel. Porté par le Centre d’innovation et de recherche pour le développement (CIRD) et parrainé par le ministre de la Culture Moussa Moïse Sylla, ce programme ambitionne de doter pour la première fois la Guinée d’un système national fiable de connaissance et de valorisation de son héritage culturel.

Le programme ne se limite pas à numériser des archives. Il repose sur une démarche globale articulée autour de six axes : formation et renforcement des capacités, recensement et documentation, numérisation et standards, restitution internationale, transmission intergénérationnelle et en filigrane, l’intelligence artificielle comme outil au service de la mémoire, avec pour horizon ultime l’inscription du patrimoine guinéen à l’UNESCO.

Sa présidente Dre Safiatou Diallo a posé le diagnostic sans détour. Pour elle, l’absence de politique culturelle structurée n’est pas une lacune parmi d’autres c’est un frein au développement national :

« Un pays qui ne dispose ni d’une politique culturelle ni de données fiables ne peut pas avancer ; il progresse à l’aveugle. »

Cohésion sociale, emplois, rayonnement : les retombées attendues

En recensant le patrimoine de toutes les régions et de toutes les communautés du pays, le programme entend aller bien au-delà de la simple conservation. Il se veut un outil de dialogue interculturel, de réconciliation et de renforcement du sentiment d’appartenance nationale.

« En donnant à chaque Guinéenne et à chaque Guinéen un accès équitable à l’histoire, aux langues et aux traditions du pays, le programme contribuera à faire du patrimoine un facteur de paix et de cohésion sociale », a-t-elle précisé.

Sur le plan économique, chaque franc investi dans le patrimoine est présenté comme générateur de croissance. Plus de 1 200 professionnels seront directement mobilisés : chercheurs, documentalistes, archivistes, conservateurs, techniciens en numérisation, développeurs informatiques et médiateurs culturels.

Le griot et la machine : le ministre tranche le débat

Face à une salle réunissant représentants régionaux, acteurs culturels et enseignants-chercheurs, le ministre Moussa Moïse Sylla a prononcé un discours qui a visiblement marqué les esprits, plaçant ce programme sous le signe d’une urgence trop longtemps ignorée :

« Un patrimoine que l’on ne documente pas est un patrimoine que l’on prépare, sans le vouloir, à l’oubli. Chaque voix qui s’éteint sans avoir été recueillie emporte avec elle une part importante de la Guinée que rien ne pourra jamais reconstituer. »

Sur le rôle de la technologie et la crainte, parfois exprimée, qu’elle efface ce qu’elle prétend préserver le ministre a choisi la métaphore pour trancher :

« Pendant des siècles, le griot a été notre bibliothèque vivante. Aujourd’hui, la technologie devient son alliée et non son remplaçant. Numériser nos archives, ce n’est pas trahir la tradition, c’est lui offrir une seconde vie à l’abri du temps et de l’oubli. »

Et de conclure sur une vision qui redéfinit le patrimoine non plus comme une relique, mais comme une ressource :

« Notre patrimoine n’est pas un musée du passé que l’on visite avec nostalgie ; c’est un capital d’avenir, une source d’emplois, de fierté et de rayonnement. »

Un programme, une ambition, un pays qui décide enfin de se raconter lui-même — avant que d’autres ne le fassent à sa place.

Laisser un commentaire

You May Have Missed

RSS
WhatsApp
Copy link
URL has been copied successfully!